Chasses Allemandes









D'autres cas Allemands

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C'est l'histoire de la disparition d'un enfant, il s'appelait Antoine, que je recherche depuis treize ans. C'est l'histoire de cette recherche, rendue bien difficile, du fait que jamais l'autorité du pays où Antoine a disparu n'a été de fort bonne composition, pour donner un coup de main. Un pays-voyou a aidé un parent rapteur, et a traîné des pieds pour aider à retrouver un enfant disparu. Ce pays voyou, c'est l'Allemagne. Au cours des années noires, il y avait le Lebensborn; aujourd'hui, il y a le Jugendamt. Ce texte sera aussi le récit de la partie de sa vie qu'Antoine ne connaît pas. La connaîtra-t-il un jour? Rien n'est moins assuré. J'écris à un enfant, pour un enfant, qui s'appelait Antoine Gallez, qui sera bientôt un adulte, et dont je ne connais ni le nom, ni le visage.
27-12-2007
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article...La fin des procédures allemandes

Revenons-en, le temps de quelques lignes, à ce mois d’août 2005. Sabine s’installe sur le trottoir, exactement devant le ministère, sur une chaise pliable, alors que les nuages menacent. A sa gauche et à sa droite, un grand placard d’un mètre sur deux, avec des affichettes reprenant son affaire, et d’autres, et visant le manque de courage des autorités Belges. Les deux placards encadrent l’entrée du bâtiment.

 

De Gucht est en vacances ; Onkelpik aussi.

 

Dès le premier jour, les responsables du ministère des AE se succèdent devant la porte du bâtiment. Enfin, ceux qui ne sont pas en vacances. Ils n’ont jamais fait grand-chose et essaient de rattraper le temps perdu avec une énergie qui serait louable si elle n’était, toute entière consacrée qu’à un seul but : faire déménager Sabine pour qu’elle aille s’installer ailleurs.

 

Devant le ministère de la Justice, par exemple.

 

Pour le reste… pour le reste, rien ne se fera. Le ministère, se substituant au politique, fera ce que le politique sait si bien faire : des promesses. Or, si les promesses n’engagent que ceux qui les croient, il faut bien comprendre que ces promesses du ministère, d’abord, des deux ministères, ensuite, de l’autorité centrale, enfin, ne sont pas tout à fait en rapport avec les demandes de Sabine. Elle a, je le répète, fait une croix sur le sort de Maëliss et se bat non pas pour le retour de sa fillette, auquel elle ne croit guère, mais pour que l’AC fasse dorénavant son boulot, et avec pugnacité, tant qu’à faire.

 

Chaque jour est gris, entrecoupé de pluie. La concierge propose chaque fois à Sabine de rentrer – de sa part à elle, c’est de bon cœur, mais Sabine refuse. En fait, dès qu’il tombe quelques gouttes, Sabine recule sa chaise de deux pas et elle reste ainsi au sec.

 

Les responsables des AE lui ont vivement conseillé, eux aussi, de rentrer dans la salle d’attente du ministère, histoire que ça fasse moins désordre, devant chez eux. Comme, au bout de quinze jours, rien n’a avancé et que les promesses se tarissent, Sabine fait savoir aux Grands Chefs qu’elle a décidé de s’installer à demeure devant le ministère, dans une caravane que nous achetons pour l’occasion.

 

Des promesses supplémentaires sont faites ; le ministre est fou de rage ; rien ne bouge.

 

Un beau matin, il est temps d’arrêter. Sabine est tombée un court instant dans les pommes et sa santé n’est plus gérable. De plus, un avocat allemand s’est offert à l’aider. Dieter – c’est ainsi qu’il s’appelle – est arrivé, d’abord en croyant que l’histoire de Sabine était un tissu de mensonges, ou d’incompréhensions qu’il serait facile de démonter. Il a vite compris qu’il y a vraiment eu, dans l’affaire de Maëliss, de graves entorses au droit. Et il décide de jouer au justicier. Sabine ne se bat pas pour sa fille, répétons le, mais il sera difficile de faire comprendre à un public qui s’est pris d’affection pour une cause, que Sabine ne veut pas arrêter son combat. Et sa fille, alors ???

 

Sabine doit donc arrêter, pour des raisons politiques encore plus que pour des raisons de santé.

 

Trois ans plus tard, elle n’a toujours pas revu sa fille, Dieter s’arrache les cheveux devant le manque d’honnêteté des autorités allemandes, dans cette affaire, l’Autorité Centrale belge souffle et, face à l’Allemagne, reste toujours aussi impuissante.

 

De mon côté, que s’est-il passé ?

 

Rien.

 

Au bout des six mois qu’il me fallait donner à la mère, pour qu’elle passe chez un psychologue et qu’elle se remette ainsi sur pieds, pas la moindre nouvelle, pas le moindre mouvement de la part du juge.

 

Je suis habitué à cette attitude, de la part de l’autorité allemande. Mon avocat aussi, qui envoie donc plusieurs rappels.

 

Au cinquième rappel, j’obtiens enfin le rapport que le juge avait promis, concernant le changement de nom d’Antoine. A sa lecture, je découvre qu’un document sur deux est un faux avéré ; l’autre est douteux. Anes ou menteurs ? Je ne sais pas, même si j’ai comme des soupçons. Et je m’en fiche, finalement. A ce stade, je construis un dossier pour aller chipoter les autorités centrales à Strasbourg, et non plus pour voir Antoine –manipulé comme il l’est, jamais il n’acceptera de me voir et je compte seulement sur le temps.

 

Il faut imaginer, il faut espérer qu’un jour il grandira et se rendra compte que sa mère est une grande malade. De ce fait, la curiosité envers celui qu’elle lui a toujours décrit comme étant le diable le prendra peut-être.

 

Revenons en à mon avocat et à ses rappels chez le juge. Deux mois et deux rappels encore ; arrive enfin le rapport de la psychologue du Jugendamt, le dossier qui devait arriver fin octobre : en fait de dossier, c’est une demi page écrite normal. La psy’ y relate ce qu’on aurait pu écrire avant même que cette plaisanterie commence. Après de nombreuses remises de date, Mme Kamran est parvenue à ne passer que deux fois devant la… spécialiste, pour dire qu’elle refusait tout.

 

Ensuite de quoi, elle avait disparu.

 

Le juge, qui devrait immédiatement, de ce fait, chercher la mère, ne le fait bien évidemment pas et refuse de présenter quelque décision que ce soit.

 

Quand mon avocat menace de porter plainte à la haute cour pour déni de justice – non, il ne menace plus ; il porte plainte à la haute court pour déni de justice ; coincée comme un rat, Fendler rend une décision : il est urgent d’attendre. On verra dans deux ans si, d’ici là, on a retrouvé Mme et Antoine. Ce n’est pas une décision ; c’est une infamie. Mais bon, du point de vue allemand, la forme est sauve.

 

On en est là.

 

27-12-2007, 21:06:27 PGå


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